
Thomas Ruyant, Tanguy Leglatin, Eric Defert, Nicolas Doré et Rémi Aubrun terminent quatrièmes du...
Il a dit : Thomas Ruyant : « Ma belle série de victoires s’arrête. Nous sommes un...
Troisième du premier parcours côtier Thomas Ruyant (Destination Dunkerque), 3e du parcours côtier avant...
voilesetvoiliers.com : Ton premier souvenir de Mini, ça remonte à quand au juste ?
Thomas Ruyant : Ça remonte à 1997... dans Voiles et Voiliers, je crois (rires) ! Je découpais les pages avec les bateaux de Coville et de Magnen. C'était un rêve. C'est devenu la réalité en 2005. Je travaillais chez le concessionnaire Jeanneau de Dunkerque et, tous les matins, je passais devant le n°247 qui pourrissait dans le port. C'était l'ancien bateau de Jonathan McKee avec lequel il avait failli gagner en 2003, avant son démâtage. Le bateau était à l'abandon dans l'eau, alors je me suis procuré les coordonnées du propriétaire et je lui ai proposé de le remettre en état en échange de courir dessus. J'ai gratté les coquillages de la quille, fait six mois de chantier et je me suis lancé ! v&v.com : Tu avais déjà un gros passé de régatier ?
T.R. : Pas vraiment. J'ai commencé le sport par le hockey sur glace et je me suis mis au Laser à 15 ans. Mais bon, vu mon gabarit, hein ! J'ai fait assez rapidement de l'habitable, du Class 8, le Tour de France sur Défi Jean Bart. J'ai fait mes armes au large en convoyant des bateaux et en faisant des mises en main, vers la Hollande, l'Ecosse, l'Irlande... Ma première grande course, ça a été Les Sables-Les Açores en 2006. Rallier comme ça des îles au milieu de l'Atlantique en solo, j'ai trouvé ça grisant. v&v.com : Cette année, les deux concurrents qui sont derrière toi à l'arrivée à Bahia ont construit leur bateau. Après ta première Mini en 2007, ce n'est pas une expérience qui t'a tentée ?
T.R. : A l'arrivée de la Mini 2007, je suis tombé amoureux du plan Finot. J'avais eu pas mal de soucis avec le 247, terminé 24e de la course. Là, je voulais faire une belle course sur un beau bateau, jouer devant. J'ai acheté le 667 d'Isa Joschke, un Mini hyper propre, un bateau de fille quoi ! Je me suis installé à Lorient. Dès le mois de décembre, j'ai remis le bateau à l'eau et, depuis, je n'ai pas arrêté de naviguer. Quand on me demande où s'est fait la différence dans cette Mini, c'est peut-être là, il y a deux ans.
v&v.com : En deux ans, tu es capable de dire combien de jours de navigation tu as réalisé avec le bateau ?
T.R. : Je peux pas tous les compter, mais ce que je peux te dire, c'est qu'au mois de janvier, j'étais tout seul sur l'eau ! v&v.com : Pourquoi avoir choisi Lorient comme base d'entraînement ?
T.R. : Lorient, c'est un peu La Mecque. Il y a une émulation qui te tire vers le haut. Les grands multis, les préparateurs, les équipes de navigants... J'ai aménagé en colloc' avec d'autres coureurs dans la maison où habitaient déjà il y a deux ans François Salabert et Peter Laureyssens... C'est la maison des Minis ! Tu parles Mini, tu manges Mini - et tu progresses. J'ai pu travailler aussi avec Tanguy Leglatin. Ca a été un gros plus. Tanguy, c'est quelqu'un qui est capable de monter des séances où on dit : «Aujourd'hui, on teste telle config', à tel angle, et par telle force de vent». A chaque fois, tu fais l'acquisition d'un réglage et c'est essentiel car, sur ces bateaux, il y a de quoi se prendre la tête ! v&v.com : Du genre ?
T.R. : Le mât, par exemple. Sur mon bateau, c'est un mât-aile basculant de 2° en latéral et 7° en longitudinal. C'est un objet qui tourne dans tous les sens et on peut facilement perdre le fil. Tu ajoutes à ça les dérives asymétriques, les ballasts compartimentés avant-arrière, le matossage, le réglage du bout-dehors, les voiles, les safrans relevables... En multipliant les navigations et les tests, j'ai acquis une très bonne connaissance du bateau et du coup, j'ai des réglages assez extrêmes. v&v.com : En 2007-2008, à part la course des Açores où tu casses, tu signes deux très belles saisons. A La Rochelle, au départ de la Transat, tu te retrouves favori. C'est un statut qui t'a gêné ?
T.R. : Non, le statut de favori, c'est sympa, plutôt agréable, ça ne m'a pas dérangé. C'est une bonne pression. Cela dit, j'ai fait une première étape prudente (Thomas a terminé 3e à un peu plus de trois heures du premier, Bertrand Delesne, ndlr). Le but, c'était d'arriver à Madère avec un bateau propre. Vue la météo de la première étape, je savais que ça ne se jouerait pas là. Trois heures d'écart à l'arrivée, c'était rien ! Bon, avec le recul maintenant et l'arrivée à Bahia, je me rend compte que c'était quand même beaucoup... v&v.com : Tu veux dire quoi exactement ?
T.R. : Que jusqu'au dernier moment, ça aurait pu ne pas passer. Vu le différentiel de puissance de mon bateau avec les Manuard et les Lombard, je savais qu'il me fallait 60 milles d'avance à la sortie du pot au noir. J'en avais à peine 50, ça fait pas un gros compte en banque ! Ma chance, ça a été qu'on n'ait pas de reaching trop fort sur la dernière partie. A la fin, j'ai quand même eu un gros coup de stress. «HP» (Henri Paul Schipman) me reprend 20 milles le dernier jour et je savais que Bertrand (Delesne) revenait fort. Je croyais qu'ils étaient à la côte et j'avais peur d'une arrivée dans la pétole. Heureusement, j'ai eu 15 nœuds toute la dernière nuit et jusqu'au petit matin pour passer la ligne. v&v.com : Il y a eu beaucoup de commentaires autour de ton gyropilote HR à centrale inertielle, le même que celui de Michel Desjoyeaux dans le Vendée Globe. Ça t'a beaucoup aidé ?
T.R. : Ça m'a un peu agacé, tout ce qu'on a pu raconter sur ce pilote. D'abord, je n'ai pas le plus gros budget de la course et c'est un partenariat que j'ai décroché avec NKE. Je suis tout simplement allé les voir au dernier Salon et je leur ai dit : «Vous avez testé ça sur un 60 pieds ; mon bateau, c'est un mini 60, alors pourquoi pas ?» Ensuite, tu peux avoir ce type de pilote, mais si tu ne navigues pas toute l'année pour faire de l'acquisition et alimenter les tables de correction sur lesquelles travaille NKE, ça ne sert à rien. Et puis, ce n'est pas une panacée non plus. Dans la pétole et la grosse brise, je marchais mieux avec mon pilote «normal». C'est au reaching et au portant, où tu cherches à descendre, que ça m'a le plus aidé. v&v.com : En débarquant sur le ponton, tes premiers mots ont été pour le bateau, que tu as trouvé très dur physiquement. Tu avais une préparation spécifique de ce côté-là ?
T.R. : A terre, je suis un petit dormeur. Je fais rarement plus de cinq heures par nuit, alors je ne suis pas trop gêné de ce côté-là. En revanche, physiquement, ce sont des bateaux durs, particulièrement le Finot qui est exigu à l'intérieur et sans aucune protection. C'est vraiment très humide. Mais le fait d'avoir un passé de sportif, ça aide à se faire mal. Ça apprend la niaque. Ça m'a rappelé le marathon de New York. En 2000, j'ai récupéré un dossard à un mois du départ, je n'avais aucun entraînement. J'ai terminé en 3 heures 30, mais j'ai topé la mi-course en 1 heure 20 et en tête de ma catégorie ! J'ai pleuré de douleur. Si ça ne se passe pas à New York, tu fais pas ça. Là, c'est pareil : tu arrives à Bahia, alors tu t'arraches !