Thomas l'Islandais

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Avec le départ dimanche prochain à 17 heures de la deuxième épreuve de la saison, la Classe Imoca et les organisateurs de la Vendée Arctique placent encore un peu plus haut le curseur de la difficulté pour les 25 solitaires engagés. Mieux, ou pire, les 3 500 milles théoriques au programme en direction de l'Islande et le très grand Nord concentrent, aux dires mêmes des principaux intéressés, plus de difficultés qu'une Route du Rhum et ses vents majoritairement portants. Un condensé de tout ce qu'un Vendée Globe peut offrir de systèmes météo complexes, de transitions, d'état de mer et de rebondissements sportifs, selon l'avis de Thomas Ruyant. Le Dunkerquois, très averti de ces spécificités propices à toutes sortes de scenarii, masque cependant mal sa tendresse pour cette course à la destination qui fleure bon l'histoire dramatico-héroïque des pêcheurs d'Islande, "pêcheurs à Islande" comme on les appelait au 18ème siècle du côté de la Cité de Jean Bart. Et c'est l'esprit plein d'histoire de goélettes, de dundees et autres trois mâts barques et naturellement de "vischerbende" que le skipper du voilier LinkedOut, accéléré par Advens, piaffe de découvrir l'île aux merveilles glacées.

 

 

"Le parcours n'est pas totalement figé" souligne en préambule Thomas Ruyant. "Avec une flotte aussi dense que ces 25 Imoca engagés, on comprend que la direction de course tienne à s'assurer d'une arrivée la plus compacte possible. Il y aura des écarts, c'est certain, et la décision de contourner l'Islande par l'Est ou par l'Ouest sera prise au dernier moment, avec la toujours possible réserve de contourner un « waypoint" si la navigation au Nord de l'île s'avérait par trop scabreuse. »  Ce sont en tous les cas plus de 3 500 milles qui attendent les concurrents. Près de 6 500 km d'une navigation d'un genre peu éprouvé par les solitaires. "Sur la Vendée Arctique, on ne cavale pas à l'avant des systèmes. Ce sont eux qui traversent notre route" précise Thomas, "jetant devant nos étraves dépressions et zones de transition. On va ainsi connaitre toutes les allures, toutes les forces de vent, tous les états de mer. C'est une course qui part par devant, puis permet aux retardataires de se refaire la cerise. Nous avions ainsi en 2020 connu un très grand nombre de changements de leaders."

 

Thomas Ruyant part pour un grand voyage, avide de découvertes, d'espaces nouveaux, de paysages extraordinaires. Il se souvient avec émotions s'être réveillé lors de la précédente édition, à laquelle il avait terminé troisième, au beau milieu d'un banc de cétacés. "Voir le nord de l'Islande serait fabuleux" s'émerveille le marin, curieux de toutes les choses de la mer, et qui au plus fort des tumultes de la compétition, n'oublie jamais son privilège de rêver. "Le rythme sportif va être infernal » prévient-il. "Pour rester devant, il ne faudra pas s'économiser dans les changements de voilures que le passage des systèmes météos va nous imposer à un rythme effréné. Attention à ne pas faire les mauvais choix ; la concurrence sera sans pitié et sanctionnera sévèrement les mauvaises combinaisons de voiles. La Vendée Arctique est une course majeure qui condense les problématiques d'un Vendée Globe. Nous allons renouer avec des conditions de froid et de dureté qui évoquent le Grand Sud. J'ai tout prévu pour me prémunir du froid. Mais la vraie problématique est le soleil. En cette période de  l'année, le soleil ne se couche jamais vraiment, et il est difficile d'aller dormir à minuit quand il fait grand jour."

 

 

Nouvelle course, nouvelle confrontation, nouveau voyage, nouvelle tranche de vie dans une carrière de marin solitaire toujours friand de découvertes et de nouveaux défis. Thomas Ruyant et son équipe de TR Racing affichent en ce printemps une envie, un appétit qu'aiguise la perspective de voguer dans le sillage de ces milliers de marins partis avant lui pour "la pêche à Islande".

 

Le saviez-vous ?

 

La grande pêche à la morue "à Islande"

De 1850 à 1870, environ 35 000 marins franchissent les jetées de Dunkerque à bord de goélettes, dundees et autres trois-mâts, pour de longues campagnes de six à huit mois. De 1763 à 1792, l’activité se développe considérablement grâce à un accord entre la France et le Danemark, autorisant les navires français à pêcher sur les côtes d’Islande. Pendant plus d´un siècle, les côtes du Nord et de Bretagne, les villes de Dunkerque, Gravelines, Paimpol, Lorient et Saint Brieuc ont vu des centaines de bateaux quitter leurs ports au début du mois de Février pour voguer vers les côtes islandaises. Avant de partir et, peut-être, ne jamais revenir, les pêcheurs font la fête. La “vischersbende” (bande des pêcheurs) du carnaval en transmet encore aujourd'hui le souvenir...

 

Tout savoir sur la compétition : https://www.vendeearctique.org/

PHOTO : Jean Marie Liot

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