Thomas a les crocs

Aux quatre premiers jours de course très toniques et pleins de rebondissements, succède aujourd’hui un épisode de tout petit temps, « pétoleux » à souhait, histoire peut-être de jauger marins et bateaux dans des conditions anticycloniques, quand le vent se met aux abonnés absents, et que les bateaux dôtés ou non de foils, peinent à se décoller de l’onde. Peu payé de retour hier matin dans sa téméraire tentative de débordement par l’Est du centre dépressionnaire, Thomas Ruyant s’attache avec consistance et détachement à recoller au duo de tête. Un duo Beyou-Dalin un moment pointé à plus de 40 milles de LinkedOut, que Thomas est parvenu à remettre dans sa ligne de mire, à une quinzaine de milles de distance, à la faveur d’un arrêt plutôt radical. Les voiliers en position rattrapante s’en donnent à coeur joie, et à quelques 270 milles de la bouée COI-Unesco placée au Sud Ouest de l’Islande, c’est à un regroupement de la flotte que l’on assiste, les retardataires toujours crédités de vitesse à deux chiffres tandis que les leader peinent à atteindre les 5 noeuds de vitesse réelle. 8 bateaux évoluent ainsi en moins de 38 milles.Thomas Ruyant affiche un état de forme remarquable, et ne masque pas son plaisir de profiter à plein des modifications effectuées cet hiver sur son plan Verdier. Désormais parfaitement amariné après 36 premières heures délicates, le skipper Nordiste associe à présent à son appétit de victoire un appétit gustatif et culinaire débordant.

 

« J’ai les crocs! » Bien qu’aux prises depuis ce matin avec les calmes de l’anticyclone, sur une mer à peine ridée par quelques souffles évanescents, le skipper Nordiste de LinkedOut affiche une sérénité et un enthousiasme étonnants. Oubliée la déception d’une option un peu radicale scandée hier par une accumulation de petits déboires qui lui ont coûté le fauteuil de leader. Thomas analyse sans faux fuyant sa rétrogradation à la troisième place : « C’est de ma faute! J’ai mal analysé la situation, et sous estimé l’état de la mer là où je me trouvais. Le capteur d’angle de mât m’a laissé tombé, et je suis demeuré longtemps à m’interroger sur les fausses données que je recevais. J’ai d’abord cru à un problème de girouette, que j’ai changé en vain. Cela m’a conduit à effectuer de mauvais choix de voiles, avant de comprendre d’où venaient mes soucis. J’étais alors au centre de la dépression, avec la mauvaise trajectoire et de mauvais enchaînements. Apivia et Charal ont maintenu une trajectoire plus tendue payante pour eux. Tout est à présent rentré dans l’ordre et je suis à 100%." LinkedOut est ainsi passé de « chassé » à chasseur. Les conditions ne sont guère propices aux grandes envolées, et c’est à un jeu de "gagne petit" que se livrent les trois leaders, tous omnubilés par la situation de leurs poursuivants dont certains, et on pense à Kevin Escoffier et à son PRB, sont connus pour leur aptitude à gérer les petits airs sur mer plate. « Nos carènes de foilers ressemblent un peu à des fers à repasser » s’amuse Thomas. « On est un peu collés sur l’eau dans les petits airs. A nous de bien nous positionner dans l’attente de l’arrivée au Nord Ouest, puis à l’Ouest d’une nouvelle dépression. »

 

Thomas demeure ainsi concentré sur chaque mille, sur chaque minute. Il profité de la courte nuit polaire pour bien se reposer, profitant au maximum de la toute nouvelle ergonomie du bord. « J’ai une banette extraordinaire! « s’extasie t’il. "Le siège de veille, l’accès à la cuisine, tout est parfait! J’ai eu du mal à trouver le rythme de vie en course et en solo. Je ne me suis quasiment pas alimenté durant les premières 36 heures. Je compense largement depuis! »

© 2019 THOMAS RUYANT