Ruyant taille patron !

Thomas Ruyant s’est octroyé ce soir la troisième place de la Vendée-Arctique-Les Sables. En 10 jours, 6 heures, 24 minutes et 12 secondes, il a bouclé les 2 807 milles du parcours théorique, à la moyenne très élevée de 11,39 nœuds, à bord de son foiler dernière génération LinkedOut, le voilier porteur des valeurs de l’inclusion. Il est l’un des grands animateurs de  la première course de l’ère nouvelle inaugurée par les voiliers à foils dernier cri qui, à l’instar d’Apivia de Charlie Dalin et de Charal de Jérémie Beyou, ont donné à l’épreuve un unique cachet tout en rebondissements et palpitations. Ces bateaux brisent tous les lieux communs et autres certitudes de la navigation moderne, avec leur capacité à atteindre très vite les grandes vitesses qui favorisent d’incessants changements de leaders. Cette dernière journée de course assèche tous les superlatifs. LinkedOut a avalé plus de 450 milles ces dernières 24 heures, à près de 19 nœuds de moyenne. Thomas Ruyant, un peu plus d’un an après la mise à l’eau de son plan Verdier, lancé sous le nom d’Advens, le leader français de la cybersécurité à l’initiative et à l’origine du projet, s’est non seulement rassuré quant aux potentiels de son voilier, il a aussi marqué les esprits par son sens marin et son esprit accrocheur en diable en toutes occasions.

Un nouveau statut

La Vendée-Arctique-Les Sables se sera donc révélée mieux qu’un pis aller, mieux qu’une course de substitution. Montée dans l’urgence par la Classe Imoca, elle a su innover et proposer à pas moins de 20 voiliers tous postulants au prochain Vendée Globe, un grand triangle d’Atlantique Nord, original à maints égards, par ces latitudes polaires visitées et surtout par ces multiples traversées Sud-Nord puis Nord-Sud des systèmes météos classiques de cette partie de l’hémisphère Nord. Résultat, une bagarre de tous les instants, depuis le somptueux départ des Sables d’Olonne le samedi 4 juillet, jusqu’au final ébouriffant de ce mardi 14 juillet. A défaut de défilé de la victoire, les observateurs ont été gratifiés d’un défilé de performances, et de marins solitaires au meilleur de leurs compétences, à 3 mois du Vendée Globe. Thomas Ruyant y a tenu avec régulariité et avec une belle indépendance de pensée, une place de leader, et le skipper de LinkedOut a gagné de haute lutte une étiquette de vainqueur potentiel de la prochaine grande boucle vélique et planétaire. Vainqueur de la Mini 6,50, de la Route du Rhum en Class 40, de la Transat AG2R en Figaro (avec son compère Adrien Hardy), il figure désormais au pinacle des ténors de la classe Imoca.

Leader à 146 reprises

Apparu quelques 146 fois en tête des classements pluri-journaliers émis par l’organisation, Thomas Ruyant aura démontré d’étonnantes aptitudes et facilités à rebondir dans de nombreux scenari et allures de course. Son plan Verdier, s’il semble peiner quelque peu dans la franche pétole, a aussi fait preuve d’une étonnante capacité à aller vite à quasiment toutes les allures. Si le reaching, à l’instar de ce qu’il a encore laissé voir la nuit dernière travers au vent soutenu de secteur Nord, est indéniablement le point fort des foilers nouvelle génération, LinkedOut s’est aussi montré très à l’aise aux allures proches du lit du vent. Il ainsi pu chaque fois recoller à la tête de course, et l’on se remémore cette formidable  « remontada » à l’approche de la marque polaire COI-Unesco, que le skipper Nordiste enroulait en tête, après avoir compté la veille plus de 40 milles de retard.

Un sprint final d’anthologie

Le passage à la marque Gallimard, placée à 550 milles dans l’Ouest des Sables d’Olonne, marquait le démarrage d’un formidable sprint final. 12 concurrents enroulait ce waypoint en moins de 6 heures, et choisissaient chacun leur position à partir de laquelle lancer le sprint final. Bâbord amure dans un vent allant forcissant et de manière erratique, la hiérarchie observée durant les 2 500 premiers milles de course se remettait en place, et on retrouvait sans grande surprise, le trio Charal - LinkedOut - Apivia aux commandes à échanger le leadership, suivi de très très prêt par les deux autres grands animateurs de l’épreuve, Samatha Davis (Initiatives - Coeur) et Kevin Escoffier (PRB), deux voiliers dotés de foils de première génération. Revenu dans le tableau arrière du leader Charal, LinkedOut donnait en milieu d’après midi et à une centaine de milles de l’arrivée l’impression de pouvoir l’emporter. Charal accompagnait la légère rotation du vent au secteur Nord et travers au vent accélérait inexorablement. La porte était alors ouverte pour Apivia qui glissait sous le vent de LinkedOut pour aller chercher la deuxième marche du podium.

 

Il a dit :

« La course a demandé beaucoup d’énergie à chaque instant. Je suis cramé. J’ai l’impression de ne pas avoir dormi du tout. J’espère que le rythme du Vendée Globe sera plus facile. Sur ces bateaux, il faut être dessus en permanence. Dès qu’on se relâche, on perd vite 4 ou 5 noeuds de vitesse. Les bons réglages sont difficiles à trouver. Mais je suis content d’avoir fait cette course ! Très heureux d’avoir régaté ainsi avec Jérémie et Charlie. Je suis naturellement un peu frustré du dénouement. J’ai pris beaucoup de plaisir à régater. Le clin d’oeil à l’Islande, pour un Dunkerquois, était très sympa.Je remercie évidemment mon équipe qui a fait un gros travail ces derniers mois. Je suis également ravi d’offrir cette troisième place à LinkedOut et à toutes les personnes en grande précarité que LinkedOut va remettre à l’emploi avec l’aide de tous. Enfin, un grand merci à Advens sans qui nous ne serions pas là. Rendez-vous le 8 novembre au départ du Vendée Globe qui s’annonce unique. » 

© 2019 THOMAS RUYANT