A un mois du départ pour LinkedOut

Le marin maitre de sa technologie

Sur le papier, et dans l’absolu, les Imoca de la toute dernière génération, à l’instar de Linkedout, sont parfaitement inhumains et invivables dans la durée. Brutaux, violents, abrasifs, surprenants, exigeants physiquement et stimulants intellectuellement, tous les qualificatifs d’un environnement et d’un comportement hostile au marin solitaire semblent adaptés à les caractériser. Thomas Ruyant et toute l’équipe de TR Racing se sont donc évertués depuis la mise à l’eau du plan Verdier en 2019, à rendre l’impressionnant foiler propre à l’habitation et à la maniabilité, en toute sécurité pour son pilote solitaire. L’essentiel du travail sur la plateforme a ainsi été orienté vers les mille et un détails visant à favoriser l’ergonomie du bord et à améliorer la vie et le relatif confort du marin dans la durée.

Si Thomas a souhaité se ménager un cockpit extérieur, il consacrera le plus clair comme le plus obscur de son temps confiné à l’intérieur du bateau. Linkedout est par ailleurs un voilier « instrumenté », bardé de technologies connectées. Le savoir-faire informatique d’Advens donne à son skipper un large accès à de multiples données nécessaires au bon contrôle du voilier dans toutes les conditions de mer et de vent imaginables. C’est là une composante nouvelle et supplémentaire du métier de coureur au large qui vient s’ajouter aux tâches classiques des manœuvres du bateau. Thomas devra en permanence garder un œil sur ses outils de contrôle, pour connaître en temps réel, en plus des performances de sa machine, les incidences de la navigation sur l’état général du bateau, contrôler la déformation de ses foils ou la compression de son mât par exemple. Cette dimension hautement technologique ramène en définitive le curseur de la performance à l’humain, à la capacité du marin de se démultiplier à la tâche dans la durée. C’est bien Thomas qui devra heure par heure, jour après jour, décider de l’intensité à mettre dans sa manière de naviguer, en dosant son effort proportionnellement au niveau d’exigence et de tolérance du bateau.

« On s’attend à une édition du Vendée Globe assez différente des opus précédents » atteste-t’il. « On se sait tous capables de mener ces bateaux autour du monde. A chacun de choisir moment par moment où mettre le curseur de la performance, en fonction des exigences nouvelles de ces bateaux connectés et instrumentés. Connaître en temps réel l’impact d’une condition de navigation donnée, vitesse, état de la mer, sur les portions vitales du bateau, peut conditionner du tout au tout la manière de naviguer et de rechercher la performance. »

Un Vendée Globe 2020 sous le signe du placement stratégique ; les réflexions de Thomas

Vélocité du bateau, combinée à des outils d’analyses et de mesures météos de plus en plus précis vont permettre aux skippers de se placer de manière toujours plus optimale et efficace sur le plan d’eau à l’échelle de la planète. Les stratégies de course vont s’affiner, et la compétition s’en trouver plus exacerbée que jamais. Avec la vitesse, l’anticipation et la justesse des placements deviennent toujours plus précises et en harmonie avec l’évolution des systèmes météos. Les nouveaux foilers, à l’instar des grands multicoques des Trophées Jules Verne, ont désormais la capacité, notamment dans le Grand Sud, de demeurer avec les systèmes, et de les accompagner au lieu de les subir, en dosant savamment la vitesse afin de ne jamais les dépasser, au travers d’océans entiers. Gare à celui qui ratera « le bon wagon ». Les écarts au final pourraient être astronomiques.

« Moins de transition, moins de dépendance aux systèmes » explique Thomas. « Nos bateaux, associés à des outils de prévisions de plus en plus performants, vont nous permettre d’enchainer de systèmes en systèmes, à la manière d’un grand record minutieusement planifié. La vitesse est aussi un facteur de sécurité en ce qu’elle permet d’éviter le gros du très mauvais temps. »

« Mais le facteur modulateur demeurera le marin, et sa capacité à accélérer dans la durée. L’homme est le facteur limitant dans cette voile nouvelle, avec son stress et sa fatigue qu’aucun logiciel ne peut aujourd’hui mesurer, anticiper et intégrer aux polaires d’un bateau. »
 
Les personnalités vont s’affirmer

Thomas en est convaincu, chaque Imoca dernière génération possède sa signature, sa personnalité propre.

« Les nouveaux foilers portent les griffes de quatre architectes différents. Ces personnalités se traduisent différemment sur l’eau en fonction des conditions, et la performance s’en trouve grandement différenciée. Il existe des différences énormes de performances en fonction des allures. J’envisage ainsi un Vendée Globe extrêmement ouvert, et pas du tout systématique. Chaque voilier trouvera à un moment où à un autre matière à s’exprimer, à révéler ses qualités particulières. Chacun va pouvoir choisir sa route en fonction de ses qualités intrinsèques propres. On ne tirera pas les mêmes bords, on ne choisira pas les mêmes angles de vent, on ne cherchera jamais tout à fait les mêmes conditions. Il faudra être plus que jamais intelligent pour trouver les conditions optimum pour son propre bateau, et savoir être opportuniste pour en profiter à fond et faire des différences. C’est là que l’humain prendra le dessus sur toutes les composantes techniques de l’épreuve, savoir être bon, au bon endroit et au bon moment. »

Un sprint déterminant en Atlantique

« Tous ces paramètres, architecturaux, scientifiques, ergonomiques, et humains seront dès la première grande phase du tour du monde, à savoir la traversée des deux Atlantiques Nord et Sud, sollicités en un sprint majuscule et déterminant. C’est là que se jouera à mon sens l’issue de ce Vendée Globe de l’ère nouvelle, de la capacité d’un navigateur à intégrer d’emblée le bon wagon des trains de dépression du Grand Sud. Avec l’aptitude de nos foilers à attraper l’avant d’un front et de cavaler avec jusqu’à son épuisement, il est possible de creuser d’immenses écarts absolument rédhibitoires à l’échelle de ce tour du monde. Le sprint des premiers 15 jours du départ conditionnera tout le reste. Le Grand Sud, en fonction des premières avaries, des premières fatigues, est un long jeu de patience avec les dépressions. Rester en avant des fronts sans jamais les dépasser au risque de s’empétoler. Profiter que la mer n’a pas encore été levée par le passage des dépressions pour glisser à toute allure, enchainer les journées à fort kilométrage et creuser les écarts. 

La remontée de l’Atlantique n’est pas un long fleuve tranquille. C’est au large de l’Argentine que se forment les grosses dépressions qu’on a eu plaisir à chevaucher dans l’Indien et le Pacifique. Elles peuvent être terriblement virulentes. Il peut y avoir d’énormes bouleversements après le passage du Horn. Cette remontée de l’Atlantique est très technique, avec ses nombreux changements de systèmes, et stratégique, tant l’influence de l’anticyclone de Sainte Hélène bouscule vite les données. Le facteur humain vient peser de tout son poids, avec la fatigue, la lassitude, la baisse de vigilance, qui peuvent pousser à l’erreur.
 »

Images libres de droits ©Pierre Bouras – TR Racing 

 

Contact presse :

AGENCE TB PRESS
Tanguy Blondel
06 88 45 35 36

© 2019 THOMAS RUYANT