Le curseur du risque

Au terme du 5ème jour de course, la tête de flotte du Vendée Globe négociera aujourd’hui une nouvelle difficulté de taille, matérialisée par une dépression tropicale en circulation lente dans le sud de l’archipel des Açores. Les manœuvres d’approche de ce nouveau système très virulent, au coeur duquel sévissent des vents enregistrés entre 40 et 60 nœuds, capables de lever une mer creusée de près de 7 mètres, ont débuté dès hier lorsque les solitaires ont dû choisir la face la plus raisonnable à leurs yeux pour attaquer ce col hors catégorie. Les plus téméraires ce matin semblent être Alex Thomson et Jean Le Cam, qui parient sur une évacuation rapide vers l’est du centre de la dépression, pour flirter plein sud et en ligne directe avec ses forts vents portants. Une stratégie qui propulse ce matin ces deux marins expérimentés en tête des classements. Thomas Ruyant, conformément à ce qu’il annonçait hier, a choisi la voie de la sagesse en se décalant dans l’Ouest dès le passage hier au soir au plus près des îles de Sao Miguel et Santa Maria dans l’Est Açorien. Longtemps collé-serré avec le sister-ship de son LinkedOut, le monocoque foiler Apivia de Charlie Dalin, il a vu avec l’aube ce redoutable concurrent partir radicalement dans l’ouest, à 90 ° de la route, pour réaliser le petit décalage de la sagesse.

Malgré la fatigue et les petits bobos généralement constatés et avec plus ou moins d’ampleur sur tous les bateaux, les solitaires de tête ont considérablement allongé la foulée, au portant et sur la route. Alex Thomson vient de signer une journée à plus de 360 milles, tandis que Thomas, peu en reste, tutoie les 325 miles au compteur. Ce rythme élevé est appelé à durer, malgré l’état de la mer, et les trajectoires vont se tendre de plus en plus. L’élastique des classements va lui aussi prendre de l’ampleur et les écarts au sein de la flotte ne vont dorénavant ne plus aller qu’en s’accentuant. L’heure des foilers approche. Les alizés leur tendent les bras derrière la dépression Theta, récompense méritée après une nouvelle journée chaotique à venir dans l’Ouest de la dépression.

 

Thomas joint hier soir : « On est allé vite du côté des Açores. J’ai vu l’île de Santa Maria. J’étais vraiment très près de Charlie (Dalin), parfois à moins d’un mille. On a tous hâte de dépasser cette dépression Theta pour toucher les alizés. Ce début de course nous a tous cueilli à froid. Il a fallu être rigoureux dans toutes les manœuvres, dans tous les gestes du bord. Personne n’a été épargné par de petits bobos techniques plus ou moins graves. Je gère les miens un par un, en rythme avec les conditions de mer et de vent.  Je suis en capacité de porter toutes mes voiles mais il me faudra sans doute intervenir dans le mât. On va tourner autour de Theta aujourd’hui. L’état de la mer nous empêchera d’aller très vite. Les foilers dernière génération n’ont pas encore vraiment fait parler la poudre, et du coup les voiliers à dérives droites s’en tirent très bien. D’une manière générale, je suis impressionné par le niveau de la flotte. Ca navigue fort, ça navigue bien! »

Photo : Thomas Ruyant

 

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