Interview croisée de Thomas et Antoine

A quelques jours du départ de la 14ème Transat Jacques Vabre, Thomas Ruyant et Antoine Koch font le point sur leur état de préparation, leur duo, leur bateau, le parcours, leurs objectifs…

1- Quels sont vos premiers ressentis suite aux premières navigations du bateau ?

Thomas Ruyant : « Il s’agit d’une toute nouvelle génération de bateaux. Il y a beaucoup à apprendre avant de se montrer capable de l’utiliser à 100%. Le bateau est solide, et nous n’avons aucune casse à déplorer depuis la mise à l’eau. Nos premières sorties nous laissent sur une très agréable impression. Le bateau est bien né, rapide, et il est difficile de trouver la pédale de frein! »

Antoine Koch : « Nous avons tout de suite perçu l’immense potentiel de vitesse du bateau.  Mais pour aller très vite, il va nous falloir énormément travailler. Nous ne sommes qu’à à peine 1/12ème du potentiel d’Advens for Cyberserurity. C’est sur l’eau, et aussi en nous confrontant à la concurrence que nous allons progresser. Il s’agit bien entendu de trouver les bons réglages, mais aussi les bonnes configurations de voiles liées aux ballasts, identifier les bons angles de vent et les vitesses cibles dans toutes les configurations possibles. Un travail considérable. »

2- Comment voyez- vous le rythme de vie à bord en transat ?

TR : « On connait bien ce parcours. Je découvre Antoine au large, et le feeling est là. Le bateau est difficile, violent. On va le découvrir au grand large. Il va falloir trouver nos marques, nos repères à bord pour toutes les phases de la vie quotidienne, repas, sommeil, travail sur l’ordinateur… »

AK : « Cela va être très dur ! Nous sommes soumis au bateau ! Le rythme de vie en double dépend de la météo. Toutes les manoeuvres se font obligatoirement à deux. Dans ces conditions, on ne peut pas parler de quarts. En fonction de l’état de la mer, et de la vitesse, la vie à bord est très difficile, brutale, violente. Et nos cycles de récupération vont naturellement être impactés ! En ce domaine, les anciens bateaux sont beaucoup plus confortables et permettront à leurs équipages de mieux récupérer. »

3- Avez-vous eu le loisir de suivre un entraînement physique spécifique pour répondre à la dureté du bateau ?

TR : « J’ai continué à m’entraîner ces dernières semaines. Nos sorties en mer ont été bien rythmées, et un réel exercice physique en soi. On a fait de nombreuses sorties de plus de 24 heures, avec une nuit en mer à chaque fois. Ces dernières semaines ont été intenses. On va se reposer, afin de partir dans les meilleures dispositions physiques. »

AK : « Malgré l’énormité de la charge de travail, Thomas et moi sommes parvenus à maintenir un rythme d’entraînement sportif à terre régulier. Les sorties, comme celle que nous avons réalisée juste avant le convoyage, sont des exercices sportifs à part entière. Il nous faut récupérer avant le départ de la transat. La fatigue sera notre ennemi. »

4-  Le bateau, sa dureté, son exigence, laisseront t’ils la place à l’élaboration de stratégies de course ?

TR : « Il faudra trouver le temps de s’attaquer à la stratégie de course. On va se répartir les tâches entre Antoine et moi.  Il nous faudra aller à l’essentiel en toutes choses. La stratégie et les choix de route devront se décanter à terre en amont du départ. »

AK : « Ce sera une des difficultés de cette transat, mais aussi de Thomas durant le Vendée Globe, trouver le temps de se concentrer sur la navigation à la table à carte. Normalement, ce sont 4 à 5 heures devant l’ordinateur. Nous ne savons pas encore le temps qu’Advens for Cybersecurity nous autorisera à passer devant nos écrans. » 

5- Comment envisagez-vous la concurrence sur cette Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre ?

TR : « C’est la flotte du Vendée Globe à quelques exceptions près. Cela va être passionnant à observer, à comparer. Nous partons sans pression, car il ne s’agit pas de se tromper d’objectif. Se confronter fait partie de notre montée en puissance vers le Vendée Globe, mais tout cela sans réel impératif de résultat immédiat. Nous avons déjà bien progressé depuis le Défi Azimut, qui était notre première confrontation en course. »

AK : « Il existe une concurrente très relevée sur cette transat. C’est une bonne chose. Nous sommes à l’évidence un peu courts en préparation, mais il est fondamental de pouvoir se jauger à conditions météos égales. Nous allons beaucoup observer nos adversaires, pour voir comment ils se comportent dans telle ou telle condition, et voir comment notre bateau réagit par rapport à leur niveau de performance.  L’objectif pour nous est de soigner nos trajectoires et de prendre un maximum d’informations. »

6- 30 bateaux au départ ; où aimeriez-vous vous situer à l’arrivée ?

TR : « On espère jouer avec les tout premiers. Les bateaux de la génération précédente sont à 100% de leurs potentiels. Il faudra compter avec eux. »

AK : « On ne fait pas de pronostique car nous ne sommes pas encore en situation de rivaliser avec les meilleurs. L’important pour nous est d’arriver de l’autre côté, en tirant le maximum d’enseignements pour Thomas qui ramènera seul le bateau à l’issue de la course. Il lui faudra alors bien maitriser toutes les manettes. Il faut donner à Thomas toutes les manettes du fonctionnement du bateau. »

7- Quels souvenirs de course gardez-vous de vos précédentes Transats Jacques Vabre ?

TR : « J’ai déjà pris quatre départs de la Transat Jacques Vabre, avec au final, deux abandons et deux quatrièmes places qui constituent de super souvenirs, avec Adrien Hardy et Boris Hermann. »

AK : « Chaque Transat Jacques Vabre est une expérience différente. Je retiens de cette course que la sortie de la Manche et du Golfe de Gascogne sont des exercices cruciaux pour l’issue de la course. Tout peut se jouer dès les premières 24 heures.  Il est intéressant de constater qu’ensuite, c’est un peu le parcours du début du Vendée Globe qui s’offre à nous. Très intéressant pour Thomas qui connait bien la route de Bahia par ailleurs (Victoire dans la Mini 6,50.) »

8- Le Brésil en deux mots? De quoi rêve-t’on avant d’arriver à Bahia ?

TR : « La Baie de Tous les Saints est un  lieu unique. J’y ai de merveilleux souvenirs, avec mon arrivée victorieuse dans la Mini Transat. C’est toujours une émotion particulière d’y retourner. »

AK : « J’espère une arrivée de jour dans la Baie de Salvador, avec une belle lumière et un peu de vent pour surfer vers l’arrivée. »

Rédaction DVDB

© 2019 THOMAS RUYANT