Le pot au noir rebat les cartes

Une nouvelle fois semble-t-il, alors que les deux leaders de la classe Multi 50 l’ont traversée sans coup férir, la Zone de Convergence Intertropicale, aussi appelée pot au noir, va rebattre les cartes et les classements des courses qui osent s’y aventurer. 
Cette zone de friction entre les systèmes météos de l’hémisphère Nord et ceux de l’hémisphère Sud, alimentée par les différences de températures de l’air, de l’eau, en altitude et en surface… évolue en permanence, concentrant des orages virulents ici, déclenchant de violentes accélérations du vent là, ou tout simplement, vidant un secteur donné de tout contenu vélique. Les voiliers en approche, s’ils disposent désormais de photographies satellitaires précises permettant notamment de déceler les activités orageuses, sont impuissants devant la vitesse d’évolution de cet étonnant phénomène météo, et là où souvent ils comptaient trouver du vent, c’est un scenario inverse qui les attend. 

Ce type de mésaventure est en opération à l’heure où nous écrivons ces lignes. Première victime, et non des moindres, le leader d’hier, Charal (Beyou-Pratt), à qui on promettait déjà des lauriers salvadoriens, est demeuré toute la nuit englué dans le pot de pus, tandis que 60 milles en son Est, Apivia (Dalin -Eliès) poursuivait sa course sans jamais véritablement s’arrêter.
Revenu à 151 milles de ce nouveau leader, après en avoir concédé un moment jusqu’à plus de 300, Advens for Cybersecurity tente crânement sa chance en glissant, toujours à bonne allure, au Sud Est et au vent d’une partie de la flotte. Une route efficace en milles, mais négative en gain au classement, puisque les voiliers placés dans l’Ouest, au plus près de la route directe, figurent ce matin devant le duo Ruyant-Koch qui a rétrogradé à la 13me place d’un terriblement provisoire classement. L’important dans les longues et cruciales heures qui s’avancent, est bien entendu le placement par rapport aux imprévisibles zones déventées, et éviter à tout prix le calvaire que vit Charal depuis hier soir. 


Alors, qui des partisans de l’Est ou de l’Ouest sortira en tête de ce marasme météorologique ? Le ou les lauréats qui toucheront en premier les alizés de Sud Est, entamera la dernière phase de cette Transat Jacques Vabre, un long sprint de vitesse bâbord amure vers le Brésil.

© 2019 THOMAS RUYANT